Il lève la couverture… Il ne sait pas trop ce qu’il y a en dessous… comme ouvrir un vieux coffre à jouets, et se rappeler des histoires tournant autour de chaque objet. Des rêves inachevés comme des scénarios griffonnés sur un bout de papier. Est-ce que l’inachevé ne ferait pas partie du problème de manière intégrante. Ou plutôt : que manque-t-il pour que tous les fils se tissent ?
Finalement, il ne lève pas la couverture. Il passe les mains dessous, et tâtonne. En se disant que ça n’est pas si sorcier et qu’en plus, personne n’a édicté comme règle que quelque chose devait disparaître. Et encore moins de devoir dire laquelle !
Il a rêvé d’ovnis dans le ciel. En formation. Lumières et sensations étranges. Et il ne pourrait en être autrement qu’étrange, car il n’en a pour ainsi dire jamais croisé.
Un rêve comme un autre, pleins de tenants et d’aboutissants, de clés et de portes. Et peu de temps pour essayer de combiner tout ça avant le lever de rideau…
Le rêve bourdonne un peu en arrière plan alors qu’il slalome vers son rendez-vous de 18h. Une séance photo pour un article. Le groupe est déjà là, le photographe aussi ; il arrive en traînant l’habituel sillage de son retard. Ça bourdonne forcément parce que la dernière fois qu’il a parlé de ça avec quelqu’un, c’était dans un bar de la place St Epvre, actuel théâtre du rendez-vous. L’affaire est dans le sac en 15mn, avec pour seuls témoins quelques passants affairés à leur inéluctable pléonasme. L’inévitable échange de contacts ponctue la fin de la séance, et il sort son carnet bleu pour proposer une feuille afin de laisser la trace qui pourra permettre de récupérer les photos. Un jour. La page du carnet est détachée vers et à son destinataire et dévoile un croquis : celui d’un rêve qui faisait partie de cette conversation précédente. Il avait essayé de représenter au mieux un détail. Qui se retrouvait maintenant là sous ses yeux. Comme un clin d’œil inutile. Un de plus. Pas encore un de trop. La jauge est à géométrie variable, c’est bien connu…
Il cherche sous la couverture. L’objet manquant. Sans savoir ce que c’est finalement. Il lève les yeux au ciel, et se maudit de passer son temps à chercher à retrouver des choses qu’il n’a jamais eues. Puis il sourit d’être aussi con. Et se marre même en se disant qu’il se regretterait s’il changeait, alors qu’il ne se connaît pas encore bien. Et en laissant le serpent se mordre la queue, il va préparer quelques outils pour ce soir. Séance d’improvisation électronico-expérimentale dans une radio locale. Xulfni, le DJ, veut qu’il ramène des disques aussi. Des choses qu’il aime. Il ne sait pas quoi, forcément. Comme toujours, ça le ramène à cette question : qu’est-ce qu’il aime vraiment ? Il se dit qu’il regardera ça deux feuilles plus loin. Histoire de ménager une pause au nuage d’angoisse qui s’engouffre dans sa poitrine à chaque respiration. Depuis ce matin.
Puis un coup de fil l’arrache de sa tâche. Un autre signe. Il va le suivre. Instinct à la con. Son seul vrai outil, au final. Et ça n’est pas grand-chose. Mais il recommence à faire confiance à cette voix dedans. A cette manière d’ouvrir les yeux.
Matériel à préparer. Encore en retard. Et merde…